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pierre andre taguieff
-
Résister au bougisme : Démocratie forte contre mondialisation techno-marchande
Taguieff P-A.
- Éditions Mille et Une Nuits
- 1 Juin 2001
- 9782842055844
« Ceux qui sont aujourd'hui inquiets ont toutes les raisons de l'être. Non seulement la survie de l'espèce humaine ne va plus de soi, mais l'existence même des êtres vivants sur notre planète est menacée. Quant à la vie humaine comme elle va, chacun sait qu'elle est vécue dans l'opulence par une petite minorité et dans la misère par la plus grande partie de l'humanité. Par le simple effet des échanges marchands, une surhumanité se reproduit, heureuse et fière de vivre " à l'âge de la mondialisation, surplombant une subhumanité privée d'horizon, à qui l'espoir même paraît interdit. [...] Aux inquiets, il manque d'abord de fortes raisons de ne pas désespérer, ensuite et surtout des raisons d'agir, lesquelles se profilent comme des raisons de réagir contre les nouvelles figures du Destin, de résister aux impératifs d'adaptation à ce qui serait un mouvement planétaire inéluctable. Car il n'est pas de résistance ni de révolte souhaitables sans une idée régulatrice de l'humanité ou de la société.
Ce qui se dessine nettement, c'est le système de valeurs et de normes à travers lequel l'idéologie globaliste prend forme. Les nouvelles élites transnationales exigent de tous les individus humains qu'ils " bougent ", qu'ils suivent le mouvement globalisateur, qu'ils accélèrent leur propre mouvement, qu'ils vivent désormais à " l'heure de la mondialisation ". Les normes en sont simples, voire sommaires : consommer toujours plus, communiquer toujours plus rapidement, échanger d'une façon optimalement rentable. L'entrée dans la société " bougiste " planétaire et l'imposition à tous les peuples des valeurs de l'individualisme moderne/occidental (utilitaristes, " compétitivistes ", hédonistes) s'accompagnent d'une réduction de la démocratie au couple formé par les droits de l'homme et le marché libre, sans frontières.
Entre le sujet universel (le genre humain), sujet d'inhérence des droits de l'homme, et la multiplicité des individus idéalement dotés de droits, il n'y a plus rien ou presque, en tout cas, il ne doit rien y avoir. [...] Cette volonté d'éliminer les peuples, les nations et les États souverains est l'attribut principal du sujet mondialisateur et/ou globaliste, celui qui incarne ou représente le nouveau pouvoir polymorphe émergeant à l'échelle planétaire. C'est là priver la démocratie de son champ d'inscription et d'exercice, c'est plus largement abolir l'espace politique.
Le processus de globalisation, toujours suivi par son double symbolique " l'idéologie vaguement messianique et faiblement utopiste du salut par le mouvement technomarchand ", illégitime le politique tandis qu'il légitime absolument le technique/technologique, l'économique et le financier. Le lien social est pulvérisé pour être remplacé par les interactions libre-échangistes.
Cette idéologie, fondée sur une promesse de salut dans et par le mouvement en avant perpétuel, suivant une vitesse accélérée, je l'ai baptisée " bougisme " ou " mouvementisme ". Il s'agit d'un nouveau système du destin : au coeur de la Vulgate émergente, l'on rencontre l'idée d'une évolution technomarchande inéluctable. » Pierre-André Taguieff ne nous avait pas habitué à une écriture pamphlétaire, aussi brève et incisive. En lançant le concept de "bougisme " qui lui semble le plus opérant pour une critique radicale, il s'attaque radicalement au processus dans lequel notre société semble fatalement engagée. Selon lui, il résulte de la dégradation du concept de " progrès ", tel que celui-ci a été opérant tout au long du siècle dernier. Délaissant une analyse très méticuleuse et érudite, celle dans laquelle il a excellé en traitant du racisme, de l'antisémitisme et de la nouvelle droite, il s'en prend à la rhétorique mystificatrice des élites néo-libérales qui masque le passage à une société post-démocratique, remplaçant le citoyen par le consommateur et l'actionnaire.
Résister au bougisme constitue une proposition forte de résistance et de lutte. Contre toute résignation et contre tout défaitisme, Pierre-André Taguieff tente une ouverture optimiste : il " s'efforce d'opérer une reconstruction des fondements et des finalités de l'action politique ". Car selon lui, seule une revitalisation des principes de responsabilité, de préservation et de résistance, au coeur de l'idéal républicain, peut enrayer l'évolution du monde, telle qu'elle s'annonce.
Penseur et philosophe, chercheur en sciences politiques au CNRS, il est, entre autres, l'auteur de L'effacement de l'avenir (Galilée, 2000), Face au Front national (La Découverte, 1998), La Couleur et le Sang (Mille et une nuits, 1998).
A noter : parallèment, il publie chez Librio une histoire de l'idée du progrès : Du progrès. -
La foire aux illuminés ; exotérisme, théorie du complot, extrémisme
Pierre-André Taguieff
- Éditions Mille et Une Nuits
- Essai Mille Et Une Nuits
- 16 Novembre 2005
- 9782842059255
Qu'y a-t-il de commun entre les romans à énigmes de Dan Brown, thrillers ésotérico-religieux devenus best-sellers internationaux, et la masse des pamphlets d'extrême droite dénonçant des complots organisés par des puissances occultes ou semi-occultes visant à installer un « gouvernement mondial » ? Quelles croyances et quelles passions partagent les amateurs de la série télévisée X-Files, les fans de films, de BD ou de jeux vidéo mettant en scène des sociétés secrètes ou des invasions d'extraterrestres, les consommateurs immodérés de nourritures « ésotériques » en tout genre, et les demi-savants peuplant le monde des « historiens alternatifs », dénonciateurs fanatiques du « complot mondial » ?
En fournissant des éléments de réponse à ces questions, Pierre-André Taguieff nous invite à explorer la nouvelle culture populaire massivement diffusée sur Internet, ce qu'il faut bien appeler le bazar de l'ésotérisme. Il part d'un constat : les fictions signées Dan Brown, parmi de nombreuses autres n'ayant pas rencontré un succès comparable, puisent dans le même fonds symbolique qu'une multitude de pamphlets conspirationnistes publiés depuis le début des années 1980. Ce stock de rumeurs, de légendes et de croyances - nées parfois il y a plus de deux siècles, comme la légende des Illuminati - ne cesse d'être exploité par des entrepreneurs culturels spécialisés dans « l'ésotérisme » au sens ordinairement vague et attrape-tout du terme, renvoyant à « tout ce qui exhale un parfum de mystère ».
La Foire aux « Illuminés » porte sur la production, la circulation et la réception de ces produits culturels ésotéro-complotistes ordinairement négligés ou méprisés par les travaux universitaires. Ce livre constitue une réflexion exigeante sur les formes contemporaines du croire hors des frontières strictes du religieux institutionnel non moins que du champs idéologico-politique. Il s'inscrit dans la série des ouvrages publiés par Pierre-André Taguieff depuis La Force du préjugé (1988), dont l'ambition commune est d'élaborer une anthropologie historique de la modernité, à travers l'analyse des représentations, des valeurs et des croyances saisies dans leurs origines et leurs métamorphoses.